Ciné+ Émotion : Programme TV de la chaîne Ciné+ Émotion

En ce moment sur Ciné+ Émotion :

03h47 Divertimento

Rediffusion Film : biographie 1h51 Tout public
Divertimento

Passionnées de musique classique et visiblement douées, Fettouma et Zahia, des jumelles âgées de 17 ans qui vivent en Seine-Saint-Denis, intègrent une section spéciale dans un prestigieux lycée parisien pour y poursuivre leur scolarité. Dès leur arrivée en classe de terminale, les remarques blessantes fusent. Victimes de préjugés liés à leurs origines et violemment prises à partie, les deux soeurs refusent pourtant de baisser les bras et s'accrochent à leurs rêves : devenir violoncelliste pour Fettouma, et diriger un orchestre pour Zahia. Ensemble, elles parviennent à surmonter tous les obstacles et à s'approcher de leurs buts... - Critique : En 1995, deux jeunes musiciennes, Zahia et Fettouma Ziouani, décident de fonder à Stains (93) l’orchestre symphonique Divertimento. L’une est altiste, l’autre violoncelliste. Leurs objectifs ? Sortir la musique classique de sa cage dorée. Et donner à Zahia les moyens de réaliser son rêve de direction, empêché par un certain racisme social comme par la misogynie structurelle du monde musical… Les mélomanes le savent, les sœurs Ziouani ont remporté leur pari. Divertimento, le film, en relève un autre : transformer la réalité en fiction sans verser dans le biopic édifiant. Marie-Castille Mention-Schaar (Les Héritiers, A Good Man) y parvient doublement en s’attachant au duo fusionnel formé par les jumelles plutôt qu’à la seule Zahia. Le cheminement de ces deux volontés, renversant un obstacle après l’autre et s’insufflant réciproquement l’énergie nécessaire, constitue la principale dynamique d’un film sans grande recherche formelle, mais très juste, parfois drôle, et souvent émouvant. Coachées par leurs modèles pour la bonne tenue de la baguette et de l’archet, Oulaya Amamra et Lina El Arabi peaufinent leurs incarnations, et font ressortir, au-delà de leur complicité, les différences de caractère des sœurs Ziouani. Les œuvres jouées, enfin, ont été choisies avec soin. Certaines sont très connues, comme ce Boléro de Maurice Ravel qui ouvre le film sur une révélation, et le referme sur une consécration. D’autres un peu moins. Mais si le film trouve son public, l’irrésistible Bacchanale de Camille Saint-Saëns pourrait bien (re)devenir un tube.

59min

À suivre, dès 05h38 : Nicole Kidman, les yeux grand ouverts

Ce soir sur Ciné+ Émotion :

20h50 Babylon

Film : comédie dramatique 3h2 -10

Los Angeles, au début des années 1920. Après une période de balbutiements, l'industrie cinématographique est désormais en plein boom, et nombreux sont ceux qui veulent profiter de ce nouvel eldorado. Nellie LaRoy, une aspirante actrice, Manny Torres, un jeune immigré qui nourrit des rêves de réalisation, et Jack Conrad, une star du grand écran, sont déterminés à obtenir, pour les premiers, ou à conserver, pour le dernier, une part du gâteau hollywoodien. S'ils profitent du glamour, des paillettes et des grandes fêtes décadentes, ces artistes sont aussi confrontés à la face sombre de l'industrie du divertissement... - Critique : L’ancien et le renouveau se télescopent avec brio dans cette fresque en forme d’énorme pochette-surprise, qui ne recule pas devant les frasques pour recréer Hollywood au temps du muet. Une époque lointaine que le réalisateur de La La Land (2016) semble avoir dans le sang, comme une fièvre. Possédé, il envoie valser l’image figée du vénérable cinéma de cinémathèque et fait d’emblée surgir des corps, de la sensualité, pour redonner chair à des êtres humains qu’on imaginerait spontanément comme des silhouettes diaphanes, fantomatiques, en noir et blanc. Les voilà qui font la fête en parfaits débauchés et lorsque, encore un peu titubants, ils se mettent à tourner un film, le grand tumulte continue et devient hilarant. En remontant le temps jusqu’aux années 1920, Damien Chazelle trouve une énergie. Celle des pionniers qui le fascinent, comme le montrait son précédent film, First Man : Le premier homme sur la lune (2018). Celle des audacieux, prêts à courir après un rêve et capables de le réaliser. Ce feu sacré des conquérants fait bouillir l’étonnante marmite qu’est Babylon, plus de trois heures de cinéma orchestrées comme des battements de cœur, avec un souffle de marathonien. Le tempo est le langage de prédilection du réalisateur de Whiplash (2014), qui reste fidèle à son talentueux « metteur en musique », Justin Hurvitz, lequel a concocté cette fois une partition toujours jazzy mais souvent frénétique. Tout est vitalité ici, même les personnages, et pas seulement le trompettiste noir nommé Sidney Palmer (Jovan Adepo). Dieux de l’écran Pour raconter ceux qui ont cru au cinématographe et ont vécu un moment unique de son histoire, le scénario ne suit pas une intrigue mais des mouvements, croise les trajectoires de quelques figures emblématiques, utilisées comme des vibrations. Dans le sillage de Jack Conrad (Brad Pitt), flotte un parfum de puissance et de gloire, l’aura un peu irréelle et excentrique d’un dieu de l’écran. Nellie LaRoy (Margot Robbie) fait, elle, surgir la lumière que cherche la caméra : avant même de briller, l’actrice débutante est déjà une étoile. À ses côtés, Manny Torres (Diego Calva) est une caisse de résonance pour l’accélérateur de destinées qu’a mis en route l’industrie cinématographique naissante : parce que tout ce qui a un rapport avec les films l’intéresse, le jeune émigré mexicain fera tout dans l’usine à rêves, de grouillot à directeur de studio. Le cinéma ouvre le royaume des grandes espérances, invite à jouer, à perdre la raison, transforme le peuple de Babylon en gamins surexcités qui croient au Père Noël. Damien Chazelle ne fait pas que rendre hommage à ce passé illuminé, il le prend pour exemple : son film est une folie d’auteur comme on n’en verra peut-être plus jamais, une production luxueuse menée avec une réjouissante et impertinente jeunesse. L’éléphant qui tient la vedette de la première scène impose cocassement cet esprit junior, parfois proche du dessin animé — un serpent à sonnette et un crocodile le confirmeront. La légèreté est ici une manière de prendre la défense du cinéma, qui fut très tôt accusé, comme on nous le montre, d’être un art mineur. C’est justement ce qu’il a de mineur qui en fait un art majeur, nous dit le réalisateur, démonstration magistrale à l’appui. Histoire collective Dans une atmosphère de grand bazar, la beauté surgit. Tout allait de travers sur le plateau du film en costumes de Jack Conrad, et soudain la magie opère. Pendant le tournage brouillon de La Bonne en vadrouille, la réalisatrice Ruth Adler (Olivia Hamilton) s’enhardit à diriger la manière dont Nelly LaRoy va pleurer, et le miracle se produit : une larme coule, le plan est parfait, le pouvoir de l’image révèle sa fulgurance. Ceux qui, au temps du muet, bricolaient des films avec les moyens du bord ont trouvé de l’or. Ils sont devenus des artistes parce qu’ils ont adoré leur métier, mais leur trésor a attiré les gestionnaires, nous dit Chazelle. Qui nous fait comprendre, mieux que jamais, comment la professionnalisation du cinéma, avec l’arrivée du parlant, a brutalement freiné l’élan de liberté qui portait les premiers films. Hollywood s’est bâti en imposant des normes techniques et artistiques mais aussi morales, raciales et sexistes. Une reprise en main totale qui inspire des scènes magnifiquement ressenties, évoquant le passage de la lumière à l’ombre. Ainsi, la sortie mélancolique et funèbre de Jack Conrad, un grand moment de cinéma porté par un grand Brad Pitt. Babylon nous apprend beaucoup, étonnamment. Car tout a été fait pour fuir le didactisme. Le cinéphile Damien Chazelle s’est judicieusement méfié de la mémoire des spécialistes, des noms qu’il faut connaître, des incontournables qu’il faut citer. C’est une histoire collective qu’il veut partager. Alors, il nous en donne les clés, par exemple en nous révélant les références qu’il fait au fameux Chantons sous la pluie (1952), qui évoquait l’arrivée du parlant. Surtout, il nous dit que cette histoire est la nôtre, spectateurs, et il nous y inscrit à travers de très belles scènes qui ont pour décor une salle de cinéma. Un lieu qui n’est jamais celui de la nostalgie, mais de la vie. UN SUJET PRISÉL’histoire du cinéma américain a régulièrement été revisitée par ses réalisateurs, qui ont voulu donner leur vision du microcosme qu’est Hollywood. Comme Robert Altman (The Player, 1992) ou Quentin Tarantino (Once Upon a Time… in Hollywood, 2019, avec, déjà, le duo de Babylon, Brad Pitt et Margot Robbie). Récemment, les mythes que sont Marilyn Monroe et Citizen Kane ont inspiré Blonde, d’Andrew Dominik, et Mank, de David Fincher, lancés sur Netflix… La période du muet a trouvé un écho légendaire dans le personnage de la star oubliée de Sunset Boulevard (1950), de Billy Wilder, interprétée par Gloria Swanson, qui régna sur les années 1920 et dont le nom est, avec celui de Garbo, l’un des rares vrais patronymes cités dans Babylon. Mais le seul film sur le Hollywood de cette époque à avoir obtenu cinq oscars est français : The Artist (2011), de Michel Hazanavicius.

« Babylon » sur Ciné+ Émotion

23h52 Empire of Light

Film : drame 1h51 -10

Hilary Small, responsable au cinéma Empire de Margate, sur la côte nord du Kent, en Angleterre, lutte depuis des années avec sa bipolarité. Elle tente de soigner sa maladie à coups de médicaments et de séances chez le psychologue. Mais sa solitude lui pèse énormément, bien qu'elle entretienne une liaison avec son directeur. L'arrivée d'un nouveau collègue, Stephen, change tout. Stephen, qui subit quotidiennement le racisme, trouve en Hilary une personne de confiance avec laquelle il peut partager ses joies et ses peines. Ils se rapprochent et tentent de soigner leurs blessures à travers l'amour du cinéma et de la musique... - Critique : Insoupçonnée vertu des confinements : le temps retrouvé pour penser à soi, aux siens, au présent et à l’imparfait. Moments de pause et d’introspection que certains cinéastes, d’ordinaire happés par un engrenage hollywoodien soudain grippé, mirent à profit pour dévoiler des bribes de leur intimité jusque-là farouchement tenue secrète. Après l’autobiographique The Fabelmans, de Steven Spielberg, Sam Mendes signe ainsi son premier scénario original, et originel. Lui qui avait déjà osé révéler les traumas enfantins de James Bond dans Skyfall ravive ici ses propres souvenirs d’adolescent dans un film éminemment proustien sur les vestiges des jours et le pouvoir consolateur du septième art. Le vrai héros d’Empire of Light est une salle de cinéma. Un paquebot Art déco en brique majestueusement décrépit et ancré face à la mer du Nord, sur la promenade de Margate, station balnéaire au nord de Douvres prisée par le peintre Turner pour l’éblouissante blafardise de son ciel. D’infinies nuances de gris que Roger Deakins, le chef opérateur attitré de Mendes (et des frères Coen) sait lui aussi sublimer. En cette année 1980, six personnes, six solitudes, ont trouvé refuge à l’Empire, temple du divertissement déjà en sursis. Sur cette famille recomposée veille un patron paternaliste, qui entretient une liaison abusive avec Hilary (prodigieuse Olivia Colman), sa plus dévouée et consciencieuse employée, vieille fille borderline tellement éteinte qu’elle se contente parfois de la maigre chaleur de ces étreintes non consenties. L’arrivée d’un nouveau factotum dans cette équipe soudée par le cafard vient apporter un soupçon de gaieté… et de couleur. Il s’appelle Stephen, la vingtaine, beau comme un dieu. Il est Noir. Ce qui est loin d’être un détail dans l’Angleterre sinistrée par le chômage, le racisme et la rigueur de Margaret Thatcher. Entre Stephen et Hilary, une idylle naît, d’une délicate évidence. Même s’il a l’âge de la fuite et elle, celui du déjà-vu, comme dans une chanson d’Anne Sylvestre. Déraison et sentiments. Ils se retrouvent pour faire l’amour dans la partie désaffectée du cinéma, une immense salle de bal envahie de pigeons et de poussière où trône toujours un piano à queue réduit au silence, fantôme d’un lustre perdu que le réalisateur convoque sans nostalgie. Il sera paradoxalement très peu question de cinéphilie dans ce film qui sacralise la salle, mais pas les auteurs. Hormis le vieux projectionniste dont la cabine est tapissée de photos de stars, les employés parlent plus volontiers du dernier vinyle des Specials et autres pépites punk du label 2 Tone Records que des films à l’affiche, dont on aperçoit furtivement les titres sur la devanture de néon (Raging Bull, Les Chariots de feu, The Blues Brothers…) sans que jamais la caméra ne s’immisce à l’intérieur de la salle pendant la projection. À une bouleversante exception près. Le cœur à marée basse, une fois de plus, Hilary décide de s’abandonner, enfin, aux sortilèges du grand écran. Ivresse immédiate. L’empire de la lumière n’a pas de frontières.

« Empire of Light » sur Ciné+ Émotion

Programme Ciné+ Émotion de la journée d'aujourd'hui

Dimanche 23 Juin 2024

De 06h33 à 06h41 En coulisses Ciné+ : Zenithal

Rediffusion Magazine du cinéma 8mn Tout public

Retrouvez-vous derrière les coulisses de la production de vos films préférés. "En coulisses Ciné+ " est un magazine de cinéma produit par le groupe Canal+.

Sur Cine Plus Emotion dès 06h33 : En coulisses Ciné+

De 06h41 à 08h38 Sweet November

Rediffusion Film : drame 1h57 Tout public

Brillant publicitaire, très apprécié dans son agence, Nelson Moss consacre le moins de temps possible à l'amour, aux loisirs et futilités du même genre. Un jour, toutefois, il trouve le temps de sympathiser avec Sara Deever, une jeune femme aussi charmante que fantasque, qui lui propose tout de go de partager son quotidien pendant un mois. D'abord réticent, Nelson finit pourtant par accepter cette étrange invitation lorsqu'il perd coup sur coup sa petite amie du moment et son travail. En pénétrant dans l'univers de Sara, il a l'impression de découvrir une autre planète. Petit à petit, il s'ouvre à l'amour et, mieux encore, à la vie... - Critique : Le bonheur, c'est simple comme de courir sur la plage avec une meute de caniches royaux ébouriffés. Ou encore de jouer à colin-maillard en caleçon à fleurs. C'est ce que découvre Nelson (Keanu Reeves, complètement absent), énième yuppie coincé-cynique-surmené du cinéma hollywoodien, en stage de rééducation sentimentale pour un mois chez Sara (Charlize Theron), une vraie pro du carpe diem. La preuve, elle met d'informes pulls baba cool, mange bio et est copine avec tout le monde. La romance suit son cours épais comme du Marshmallow en fusion, et lorsqu'elle se fond dans le mélo, on a depuis longtemps renoncé à compter les clichés. C.Mu.

Sur Cine Plus Emotion dès 06h41 : Sweet November

De 08h38 à 10h17 Ben is Back

Rediffusion Film : drame 1h39 Tout public

La famille Burns se prépare pour le réveillon de Noël. Arrive Ben, le fils aîné. En plein traitement pour en finir avec son addiction à la drogue, il a eu l'autorisation de passer les fêtes en famille. Si Holly se réjouit de ce retour inespéré, Neal, le mari d'Holly, et Ivy, sa fille, ont quelques doutes. Holly ne peut cacher sa joie de le revoir mais prend bien soin de dissimuler médicaments et bijoux au cas où il volerait pour s'acheter de la drogue. Holly ne veut pas qu'il replonge et insiste pour qu'il soit constamment avec elle. Le passé criminel du jeune homme va vite le rattraper... - Critique : Ben Burns (Lucas Hedges, nommé aux Oscars pour Manchester by the Sea) est de retour chez les siens à la veille de Noël, et ce n’est pas un cadeau. Même pour sa mère dévouée (Julia Roberts, qui joue avec son assurance habituelle, mais sans son sourire légendaire). Comme tant d’autres adolescents américains, Ben s’est vu prescrire des antidouleurs surpuissants, après un accident de sport, et il est devenu accro, jusqu’à revendre de la drogue dans son lycée pour financer sa consommation. Tout l’amour maternel — voire le déni — peut-il venir à bout de cette situation infernale ? Peter Hedges y répond de deux manières. Dans un premier temps, le cinéaste opte pour le mélo, en confrontant le jeu économe et ambigu de son fils à l’expressivité de Julia Roberts. Cette ode aux liens familiaux permet d’illustrer avec intimisme l’actuelle et endémique crise des opioïdes aux États-Unis : tout dans sa petite ville natale rappelle à Ben de mauvais souvenirs et tout dans l’attitude protectrice de sa mère trahit l’anxiété. Dommage que le montage vire ensuite à la frénésie, dans une seconde partie plus proche du thriller. Chaque scène dialoguée se transforme alors en performance d’acteurs en proie à l’hyperventilation. Fusionner ainsi l’enquête socio­logique et le film de genre paraît au pire démonstratif, au mieux en phase avec des personnages en guerre contre eux-mêmes : un fils qui se débat avec son addiction et une mère qui lutte contre son aveuglement.

Sur Cine Plus Emotion dès 08h38 : Ben is Back

De 10h17 à 11h59 Blanche-Neige

Rediffusion Film fantastique 1h42 Tout public

A la mort de sa femme en couches, le roi se remarie. Sa fille, Blanche-Neige, aura une mère pour l'élever. Puis le roi disparaît. La nouvelle reine consacre les années suivantes à disperser la fortune royale à tout va. Lors d'une promenade en forêt, Blanche-Neige, désormais âgée de 18 ans, tire le prince Andrew Alcott des griffes d'une bande de truands. Il est séduit. Mais la reine l'est aussi. Elle donne une grande fête pour s'attacher le prince, lequel n'a d'yeux que pour Blanche-Neige. La Reine ordonne à Brighton de tuer sa belle-fille. Emu, Brighton préfère l'abandonner en pleine forêt. Blanche-Neige est recueillie par sept nains... - Critique : Miroir, mon beau miroir, c'est toujours la méchante reine qui est la plus belle. La plus drôle, aussi. Et pour cause, dans cette version de Blanche-Neige, le rôle est tenu par Julia Roberts. L'actrice, serrée dans d'abondants froufrous, se fait plaisir : elle réinvente le personnage avec gourmandise, façon cougar narcissique, capricieuse et jalouse. Depuis Disney, on l'imaginait sinistre, cette reine, l'âme et le cheveu noirs, prête à se changer en vieille sorcière à tout moment. La Roberts nous la joue tout miel empoisonné, manipulatrice et doucereusement toxique. Un délicieux numéro d'autodérision, qui moque à la fois l'angoisse de vieillir et les caprices de diva des actrices hollywoodiennes. Bien sûr, autour, il y a une énième adaptation gentillette du conte, avec ses sept nains, son beau prince — Armie Hammer, remarqué en amant de DiCaprio dans J. Edgar. Il y a, bien sûr, Blanche-Neige elle-même, incarnée par une Lily Collins mignonne et conventionnelle. Mais on n'a d'yeux que pour la reine Julia, méchamment brillante.

Sur Cine Plus Emotion dès 10h17 : Blanche-Neige

De 11h59 à 13h40 Closer, entre adultes consentants

Rediffusion Film : drame 1h41 Tout public

A Londres, Dan, un écrivain raté, gagne sa vie en rédigeant les nécrologies dans un journal. Dans la rue, il aperçoit une très jeune femme dont il tombe aussitôt sous le charme. A l'occasion d'un léger accident, il fait sa connaissance. Elle s'appelle Alice et vient de débarquer de New York, où elle exerçait le métier de stripteaseuse. C'est le coup de foudre immédiat. La jeune femme trouve dans cet homme séduisant un protecteur et un amant. Le jour où Dan publie enfin son premier roman, il fait la connaissance d'une ravissante photographe, Anna, qui le trouble fortement. Peu après, à la suite d'un malentendu, Anna rencontre Larry... - Critique : GENRE : Qui perd gagne.Dan, spécialiste ès nécrologies dans un quotidien londonien, rencontre par hasard une Américaine qui se fait renverser devant lui. La vie plutôt chaotique d'Alice lui donne l'argument d'un livre pour la couverture duquel il se fait photographier par Anna, dont il s'éprend. L'ironie du destin - et d'Internet - fera de Dan l'organisateur de la rencontre d'Anna avec Larry, un dermatologue fruste et viril, « plus beau rêve et pire cauchemar d'une femme » ...Quarante ans après Qui a peur de Virginia Woolf ?, Mike Nichols filme un huis clos où il reflète - de nouveau - l'air du temps : une époque où le plaisir du sexe masque de plus en plus mal la panique devant le sentiment, où les personnages se montrent aussi épouvantés de passer à côté de leur vie que de la vivre.Le film est brillant, faussement superficiel, il joue constamment sur le temps : six mois, un an de la vie des personnages passent en une seconde - c'est au spectateur de s'en apercevoir -, alors que chaque rupture est étirée à l'infini, fouillée au scalpel, jusqu'à l'insoutenable. Entre ces quatre-là, entre vérités et mensonges devinés, c'est, comme le disait Marcel Achard, « cette tendre guerre où l'ennemi est le partenaire ». Comédiens magnifiques : si Clive Owen et Natalie Portman s'imposent légèrement, c'est qu'ils héritent des moments forts du film. Lui, par exemple, est splendide lors de l'affrontement cru et cruel qui l'oppose à Julia Roberts, avec des mots qui ne sont qu'une série de gifles, de coups bas. Elle, elle est impériale dans la scène du night-club où elle se dérobe à celui qui la traque ; abritée derrière fards, perruque et politesse glacée.

Sur Cine Plus Emotion dès 11h59 : Closer, entre adultes consentants

De 13h40 à 15h27 Les cyclades

Rediffusion Film : comédie 1h47 Tout public

Inséparables durant toute leur adolescence, Magalie et Blandine ont finalement emprunté des chemins différents avant de totalement se perdre de vue. Un jour, les deux jeunes femmes vont pourtant se croiser par le plus grand des hasards et, ravies de se remémorer les bons souvenirs, vont décider de s'offrir un voyage en Grèce, espérant ainsi raviver la complicité qui les unissait durant leur jeunesse. Pourtant, le séjour, à peine débuté, semble prendre une mauvaise tournure. En effet, les deux amies d'autrefois ne tardent pas à comprendre que les nombreux atomes crochus qu'elles partageaient se sont dissipés avec le temps... - Critique : Si les voyages forment la jeunesse, que font-ils aux adultes à l’heure des premiers bilans ? Quand Blandine et Magalie se retrouvent à l’aéroport, elles ne savent guère à quoi s’attendre. Et la part d’inconnu tient moins à leur destination qu’à leur relation. Adolescentes, il y a longtemps, elle s’adoraient et rêvaient de se rendre ensemble à Amorgos, l’île grecque mise en lumière par le film Le Grand Bleu, de Luc Besson, dont elles étaient folles… Puis elles se sont perdues de vue, banalement, et les décennies ont défilé. Leurs retrouvailles tardives ne tiennent qu’à une ruse du fils de Blandine : inquiet de voir sa mère en dépression, il a retrouvé sa meilleure amie d’antan, et organisé comme une thérapie leur escapade vers les Cyclades. La comédie de caractère, genre antédiluvien, reprend des couleurs avec ce duo mal accordé, drôlement dissonant. Plus encore que les aléas cocasses du voyage, la personnalité des deux femmes structure le récit. Magalie est exubérante, spectaculaire, intarissable, inépuisable. Blandine est prudente, rigide, sombre, lasse. L’écriture précise et fine de Marc Fitoussi révèle selon un rythme imprévisible les complexités cachées derrière de telles apparences. Blandine, qui travaille dans le secteur médical, a été brisée par le départ de son époux et le remariage de ce dernier avec une jeune femme. Magalie est déterminée à profiter pleinement de la vie à chaque instant, avec ou sans emploi (elle se veut critique musicale, experte en disco), avec ou sans partenaire régulier. L’auteur-réalisateur avait déjà raconté des histoires dominées par une héroïne captivante, jouée par Isabelle Huppert (Copacabana, La Ritournelle) ou Sandrine Kiberlain (Pauline détective). Il a ensuite illustré la même adresse en réalisant des épisodes de la populaire série Dix pour cent. Aujourd’hui, le tandem l’inspire, qui prête aux reparties cinglantes. Et il est savoureux de retrouver, face à face, les deux actrices enthousiasmantes d’Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, distribuées tout autrement. Laure Calamy (Magalie) et Olivia Côte (Blandine) étaient antagonistes dans ce film-là, la première douloureusement accro à un homme indisponible, la seconde mariée au même. Cette fois-ci, les souvenirs de jeunesse tissent entre elles un lien résistant, et la blessure amoureuse est passée de l’une à l’autre. Avec l’apparition d’une trosième femme, plus âgée (Kristin Scott Thomas, déchaînée en hippie chic établie sur l’île de Mykonos), la fantaisie grinçante prend des nuances plus sombres. L’horizon de la maladie et de l’affaiblissement du corps apporte un contrepoint à l’abstinence prolongée de Blandine et à la frénésie sexuelle de Magalie. Cette figure d’aînée parvient ainsi à s’intégrer à un film qui manque, par ailleurs, d’une forme aussi gracieuse que La Ritournelle ou Pauline détective : comme souvent avec les lieux très touristiques, la photogénie des îles grecques n’est pas en soi une garantie de style. Mais Marc Fitoussi réussit à tenir le cap de la profondeur psychologique. La vitalité de Magalie laisse peu à peu entrevoir une spirale de l’échec, une impossibilité à construire, tandis que Blandine, même éteinte, redécouvre en elle des ressources d’affection… De  quoi préparer un épilogue digne des plus charmantes comédies humanistes, où l’allégresse côtoie une émotion inattendue.

Sur Cine Plus Emotion dès 13h40 : Les cyclades

De 15h27 à 17h14 In the Air

Rediffusion Film : comédie dramatique 1h47 Tout public

Ryan Bingham est un misanthrope. Reconnu pour son professionnalisme extrême, il s'est fait une réputation dans la sous-traitance du licenciement. Les plus grandes sociétés font appel à ses services pour dégraisser sans perdre de temps avec ces petits détails qui rendraient la société plus humaine - mais moins rentable. A part accumuler les "miles" lors de ses déplacements, son seul plaisir dans la vie est d'annoncer des ruptures de contrats de travail. Toujours en déplacement aux quatre coins des Etats-Unis, Ryan n'a aucune attache et sa vie tient dans une valise. Un jour, il rencontre une femme. Aussi cynique qu'hypocrite, il fait le nécessaire pour ne pas avoir à s'engager... - Critique : Les deux premiers films de Jason Reitman, très réussis, traitaient de façon singulière du libre arbitre dans une société ultra normative : choisir ou non de fumer (Thank You for Smoking), garder ou abandonner son enfant (Juno). Le dilemme d’In the Air est en fait nettement moins fort : accepter ou non de vivre seul, bâtir ou non un foyer. Le héros paradoxal est, cette fois, Ryan Bingham (George Clooney), cadre sup qui circule à travers les États-Unis pour virer des inconnus en lieu et place de DRH lâches… Son modèle de vie est itinérant ; son chez-lui, les cabines first class des lignes intérieures ; son but suprême, parvenir à 10 millions de « miles », ces points de fidélité offerts par les compagnies aériennes. Les péripéties qui vont ébranler le credo du héros sont relativement attendues : rencontre amoureuse, formation d’une jeune collègue, famille oubliée qui se manifeste. Mais Jason Reitman sait donner un vrai tonus à l’ensemble. Ses dialogues percutent, façon comédie américaine d’antan, et sa direction d’acteurs est au cordeau : Vera Farmiga, l’amante, et Anna Kendrick, la débutante aux dents longues, sont épatantes. Et puis il y a Clooney, dont le charme évoque encore une fois Cary Grant. Qui plus est, voir George le séducteur se faire larguer par une fille dont il tombe imprudemment amoureux, c’est un moment en forme de revanche qui se savoure, quel que soit le sexe du spectateur.

Sur Cine Plus Emotion dès 15h27 : In the Air

De 17h14 à 18h56 Ted

Rediffusion Film : comédie 1h42 -10

En 1985, alors qu'il est encore un petit garçon, John Bennett fait le souhait de voir son nouvel ours en peluche, Ted, s'animer pour devenir son meilleur ami. Son voeu est exaucé. Près de trente ans plus tard, ils sont toujours amis et partagent un appartement à Boston, où ils passent leurs soirées à boire de la bière et fumer de l'herbe. Cependant, John est engagé depuis quatre ans dans une relation avec une collègue, Lori, qui attend une demande en mariage. La jeune femme, qui ne supporte plus la présence de cet ours vulgaire, voudrait que John demande à Ted de partir. Il finit par se décider quand il rentre un soir chez lui et découvre l'animal en compagnie de prostituées... - Critique : Le cinéma américain continue à pouvoir tout imaginer. Ici, qu’un petit garçon a ­reçu un nounours qui s’est mis à parler : en à peine trois minutes de prégénérique, on y croit. L’ourson Ted parle donc et, des années plus tard, le petit John ne l’a pas quitté. Quadra juvénile (Mark Wahlberg fait ça très bien), il vit toujours, au désespoir de sa fiancée, avec son Teddy bear. Lequel a suivi une évolution inverse : il n’a pas changé de taille, mais il a beaucoup mûri. Il jure, boit, fume et ne pense qu’à ça. Gros succès au box-office américain, cette comédie semble faite pour toucher des points névralgiques. Elle nous parle du Ted qui nous manque, chaînon miraculeux avec l’enfance. Et elle parle au Ted qui nous hante, puisque cette peluche est ­aussi le symbole de la perte de l’innocence. Avec ce Ted, doudou démon, on régresse et on transgresse ! Le réalisateur (un comique talentueux, qui fait la voix du nounours en VO) agite sympathiquement toutes ces idées, surtout pour en tirer des gags efficaces, voire salaces. La dernière partie, plus troublante, nous entraîne vers le merveilleux, la peur de grandir, de mourir. Comme dans un conte presque classique.

Sur Cine Plus Emotion dès 17h14 : Ted

De 18h56 à 20h50 Ted 2

Rediffusion Film : comédie 1h54 -10

Les meilleurs amis du monde, John et Ted, vivent toujours à Boston où John est désormais célibataire tandis que Ted, ours en peluche vivant, s'est installé avec sa femme Tami-Lynn. Mais les nouveaux mariés connaissent bientôt leurs premières disputes conjugales. Aussi, pour consolider leur couple, ils décident d'avoir un enfant. Un rêve brisé lorsque la cour de justice du Massachusetts refuse de reconnaître Ted comme une personne et le prive en conséquence d'un droit à l'adoption. Ecoeuré et très en colère, Ted demande à John de l'aider. Les deux compères engagent alors une jeune avocate, Samantha L Jackson, par ailleurs fumeuse de marijuana. Tous vont devoir prouver au juge que Ted est une personne et ainsi légaliser son existence... - Critique : | Genre : l'autre paddington. Seth MacFarlane a fait bondir les pseudo-féministes lors d'une récente cérémonie des Oscars en chantant We saw your boobs, pastiche de comédie musicale où il passait en revue les actrices présentes et les films dans lesquels il avait « vu leurs nichons ». Le même genre d'humour paillard et réjouissant infuse les deux Ted : nom de cet ours en peluche ultra grossier et accro à la pipe à eau, incrusté dans le canapé de Mark Wahlberg. Récemment mariés, Ted et sa femme veulent un bébé, mais, comme le fait remarquer pertinemment celle-ci avec ses mots de bimbo : « Les ours en peluche n'ont pas de bite. » Après un recours raté à une banque de sperme et une avalanche de gags hilarants et graveleux, la comédie négocie un virage politique un peu risqué en assimilant le combat de Ted pour l'adoption à celui des communautés noires ou homosexuelles. Le discours enflammé sur les droits de la minorité nounours fera encore rire jaune les tenants du bon goût. — Jérémie Couston

Sur Cine Plus Emotion dès 18h56 : Ted 2

De 20h50 à 23h52 Babylon

Film : comédie dramatique 3h2 -10

Los Angeles, au début des années 1920. Après une période de balbutiements, l'industrie cinématographique est désormais en plein boom, et nombreux sont ceux qui veulent profiter de ce nouvel eldorado. Nellie LaRoy, une aspirante actrice, Manny Torres, un jeune immigré qui nourrit des rêves de réalisation, et Jack Conrad, une star du grand écran, sont déterminés à obtenir, pour les premiers, ou à conserver, pour le dernier, une part du gâteau hollywoodien. S'ils profitent du glamour, des paillettes et des grandes fêtes décadentes, ces artistes sont aussi confrontés à la face sombre de l'industrie du divertissement... - Critique : L’ancien et le renouveau se télescopent avec brio dans cette fresque en forme d’énorme pochette-surprise, qui ne recule pas devant les frasques pour recréer Hollywood au temps du muet. Une époque lointaine que le réalisateur de La La Land (2016) semble avoir dans le sang, comme une fièvre. Possédé, il envoie valser l’image figée du vénérable cinéma de cinémathèque et fait d’emblée surgir des corps, de la sensualité, pour redonner chair à des êtres humains qu’on imaginerait spontanément comme des silhouettes diaphanes, fantomatiques, en noir et blanc. Les voilà qui font la fête en parfaits débauchés et lorsque, encore un peu titubants, ils se mettent à tourner un film, le grand tumulte continue et devient hilarant. En remontant le temps jusqu’aux années 1920, Damien Chazelle trouve une énergie. Celle des pionniers qui le fascinent, comme le montrait son précédent film, First Man : Le premier homme sur la lune (2018). Celle des audacieux, prêts à courir après un rêve et capables de le réaliser. Ce feu sacré des conquérants fait bouillir l’étonnante marmite qu’est Babylon, plus de trois heures de cinéma orchestrées comme des battements de cœur, avec un souffle de marathonien. Le tempo est le langage de prédilection du réalisateur de Whiplash (2014), qui reste fidèle à son talentueux « metteur en musique », Justin Hurvitz, lequel a concocté cette fois une partition toujours jazzy mais souvent frénétique. Tout est vitalité ici, même les personnages, et pas seulement le trompettiste noir nommé Sidney Palmer (Jovan Adepo). Dieux de l’écran Pour raconter ceux qui ont cru au cinématographe et ont vécu un moment unique de son histoire, le scénario ne suit pas une intrigue mais des mouvements, croise les trajectoires de quelques figures emblématiques, utilisées comme des vibrations. Dans le sillage de Jack Conrad (Brad Pitt), flotte un parfum de puissance et de gloire, l’aura un peu irréelle et excentrique d’un dieu de l’écran. Nellie LaRoy (Margot Robbie) fait, elle, surgir la lumière que cherche la caméra : avant même de briller, l’actrice débutante est déjà une étoile. À ses côtés, Manny Torres (Diego Calva) est une caisse de résonance pour l’accélérateur de destinées qu’a mis en route l’industrie cinématographique naissante : parce que tout ce qui a un rapport avec les films l’intéresse, le jeune émigré mexicain fera tout dans l’usine à rêves, de grouillot à directeur de studio. Le cinéma ouvre le royaume des grandes espérances, invite à jouer, à perdre la raison, transforme le peuple de Babylon en gamins surexcités qui croient au Père Noël. Damien Chazelle ne fait pas que rendre hommage à ce passé illuminé, il le prend pour exemple : son film est une folie d’auteur comme on n’en verra peut-être plus jamais, une production luxueuse menée avec une réjouissante et impertinente jeunesse. L’éléphant qui tient la vedette de la première scène impose cocassement cet esprit junior, parfois proche du dessin animé — un serpent à sonnette et un crocodile le confirmeront. La légèreté est ici une manière de prendre la défense du cinéma, qui fut très tôt accusé, comme on nous le montre, d’être un art mineur. C’est justement ce qu’il a de mineur qui en fait un art majeur, nous dit le réalisateur, démonstration magistrale à l’appui. Histoire collective Dans une atmosphère de grand bazar, la beauté surgit. Tout allait de travers sur le plateau du film en costumes de Jack Conrad, et soudain la magie opère. Pendant le tournage brouillon de La Bonne en vadrouille, la réalisatrice Ruth Adler (Olivia Hamilton) s’enhardit à diriger la manière dont Nelly LaRoy va pleurer, et le miracle se produit : une larme coule, le plan est parfait, le pouvoir de l’image révèle sa fulgurance. Ceux qui, au temps du muet, bricolaient des films avec les moyens du bord ont trouvé de l’or. Ils sont devenus des artistes parce qu’ils ont adoré leur métier, mais leur trésor a attiré les gestionnaires, nous dit Chazelle. Qui nous fait comprendre, mieux que jamais, comment la professionnalisation du cinéma, avec l’arrivée du parlant, a brutalement freiné l’élan de liberté qui portait les premiers films. Hollywood s’est bâti en imposant des normes techniques et artistiques mais aussi morales, raciales et sexistes. Une reprise en main totale qui inspire des scènes magnifiquement ressenties, évoquant le passage de la lumière à l’ombre. Ainsi, la sortie mélancolique et funèbre de Jack Conrad, un grand moment de cinéma porté par un grand Brad Pitt. Babylon nous apprend beaucoup, étonnamment. Car tout a été fait pour fuir le didactisme. Le cinéphile Damien Chazelle s’est judicieusement méfié de la mémoire des spécialistes, des noms qu’il faut connaître, des incontournables qu’il faut citer. C’est une histoire collective qu’il veut partager. Alors, il nous en donne les clés, par exemple en nous révélant les références qu’il fait au fameux Chantons sous la pluie (1952), qui évoquait l’arrivée du parlant. Surtout, il nous dit que cette histoire est la nôtre, spectateurs, et il nous y inscrit à travers de très belles scènes qui ont pour décor une salle de cinéma. Un lieu qui n’est jamais celui de la nostalgie, mais de la vie. UN SUJET PRISÉL’histoire du cinéma américain a régulièrement été revisitée par ses réalisateurs, qui ont voulu donner leur vision du microcosme qu’est Hollywood. Comme Robert Altman (The Player, 1992) ou Quentin Tarantino (Once Upon a Time… in Hollywood, 2019, avec, déjà, le duo de Babylon, Brad Pitt et Margot Robbie). Récemment, les mythes que sont Marilyn Monroe et Citizen Kane ont inspiré Blonde, d’Andrew Dominik, et Mank, de David Fincher, lancés sur Netflix… La période du muet a trouvé un écho légendaire dans le personnage de la star oubliée de Sunset Boulevard (1950), de Billy Wilder, interprétée par Gloria Swanson, qui régna sur les années 1920 et dont le nom est, avec celui de Garbo, l’un des rares vrais patronymes cités dans Babylon. Mais le seul film sur le Hollywood de cette époque à avoir obtenu cinq oscars est français : The Artist (2011), de Michel Hazanavicius.

Sur Cine Plus Emotion dès 20h50 : Babylon

De 23h52 à 01h43 Empire of Light

Film : drame 1h51 -10

Hilary Small, responsable au cinéma Empire de Margate, sur la côte nord du Kent, en Angleterre, lutte depuis des années avec sa bipolarité. Elle tente de soigner sa maladie à coups de médicaments et de séances chez le psychologue. Mais sa solitude lui pèse énormément, bien qu'elle entretienne une liaison avec son directeur. L'arrivée d'un nouveau collègue, Stephen, change tout. Stephen, qui subit quotidiennement le racisme, trouve en Hilary une personne de confiance avec laquelle il peut partager ses joies et ses peines. Ils se rapprochent et tentent de soigner leurs blessures à travers l'amour du cinéma et de la musique... - Critique : Insoupçonnée vertu des confinements : le temps retrouvé pour penser à soi, aux siens, au présent et à l’imparfait. Moments de pause et d’introspection que certains cinéastes, d’ordinaire happés par un engrenage hollywoodien soudain grippé, mirent à profit pour dévoiler des bribes de leur intimité jusque-là farouchement tenue secrète. Après l’autobiographique The Fabelmans, de Steven Spielberg, Sam Mendes signe ainsi son premier scénario original, et originel. Lui qui avait déjà osé révéler les traumas enfantins de James Bond dans Skyfall ravive ici ses propres souvenirs d’adolescent dans un film éminemment proustien sur les vestiges des jours et le pouvoir consolateur du septième art. Le vrai héros d’Empire of Light est une salle de cinéma. Un paquebot Art déco en brique majestueusement décrépit et ancré face à la mer du Nord, sur la promenade de Margate, station balnéaire au nord de Douvres prisée par le peintre Turner pour l’éblouissante blafardise de son ciel. D’infinies nuances de gris que Roger Deakins, le chef opérateur attitré de Mendes (et des frères Coen) sait lui aussi sublimer. En cette année 1980, six personnes, six solitudes, ont trouvé refuge à l’Empire, temple du divertissement déjà en sursis. Sur cette famille recomposée veille un patron paternaliste, qui entretient une liaison abusive avec Hilary (prodigieuse Olivia Colman), sa plus dévouée et consciencieuse employée, vieille fille borderline tellement éteinte qu’elle se contente parfois de la maigre chaleur de ces étreintes non consenties. L’arrivée d’un nouveau factotum dans cette équipe soudée par le cafard vient apporter un soupçon de gaieté… et de couleur. Il s’appelle Stephen, la vingtaine, beau comme un dieu. Il est Noir. Ce qui est loin d’être un détail dans l’Angleterre sinistrée par le chômage, le racisme et la rigueur de Margaret Thatcher. Entre Stephen et Hilary, une idylle naît, d’une délicate évidence. Même s’il a l’âge de la fuite et elle, celui du déjà-vu, comme dans une chanson d’Anne Sylvestre. Déraison et sentiments. Ils se retrouvent pour faire l’amour dans la partie désaffectée du cinéma, une immense salle de bal envahie de pigeons et de poussière où trône toujours un piano à queue réduit au silence, fantôme d’un lustre perdu que le réalisateur convoque sans nostalgie. Il sera paradoxalement très peu question de cinéphilie dans ce film qui sacralise la salle, mais pas les auteurs. Hormis le vieux projectionniste dont la cabine est tapissée de photos de stars, les employés parlent plus volontiers du dernier vinyle des Specials et autres pépites punk du label 2 Tone Records que des films à l’affiche, dont on aperçoit furtivement les titres sur la devanture de néon (Raging Bull, Les Chariots de feu, The Blues Brothers…) sans que jamais la caméra ne s’immisce à l’intérieur de la salle pendant la projection. À une bouleversante exception près. Le cœur à marée basse, une fois de plus, Hilary décide de s’abandonner, enfin, aux sortilèges du grand écran. Ivresse immédiate. L’empire de la lumière n’a pas de frontières.

Sur Cine Plus Emotion dès 23h52 : Empire of Light