Ciné+ Club : Programme TV de la chaîne Ciné+ Club

En ce moment sur Ciné+ Club :

05h31 Sibyl

Rediffusion Film : comédie dramatique 4h58 -10
Sibyl

Sibyl, psychanalyste, veut accomplir son rêve de devenir romancière. Aussi se débarrasse-t-elle de sa patientelle pour se consacrer à l'écriture. Seulement, une de ses patientes, Margot, la fascine : comédienne, elle vit une histoire avec son partenaire à l'écran, qui est aussi en couple avec leur réalisatrice. Sibyl, qui a enregistré les séances de Margot, s'en sert pour écrire un roman. Quand Margot lui demande de venir la rejoindre à Stromboli, où se situe le tournage du film, Sybil accepte. Ce faisant, elle met le doigt dans un imbroglio passionnel dont elle a bien du mal à se défaire. Margot, elle, se sent de plus en plus perdue... - Critique : Dès la première séquence, il y a du vertige, de la mise en scène. Sibyl (Virginie Efira) déjeune avec son éditeur dans un restaurant japonais où les plats défilent sur un tapis roulant. C’est lui qui parle, s’emballe, à une vitesse ahurissante, lui dressant un tableau foncièrement décourageant de la littérature contemporaine, tout en se réjouissant, bien sûr, qu’elle se remette à écrire. Elle en reste groggy, au tapis, comme les sushis. Ce régal d’humour cinglant fait le lien avec Victoria, le précédent film de Justine Triet, dont on s’éloignera peu à peu. Si Sibyl reprend certains éléments de « dramédie », il surfe moins sur le burlesque, penche davantage du côté de l’introspection et de la gravité. De manière dense et rapide, la réalisatrice a ce talent pour donner d’emblée à son héroïne un vécu, une épaisseur. Sibyl est une psychanalyste au passé tumultueux. Elle a rompu avec sa mère, a connu la passion dévorante avec un homme (Niels Schneider), a sombré un temps dans l’alcool — on la voit assister aux réunions des Alcooliques anonymes. Dorénavant plus posée, à priori, elle décide de suspendre son travail d’analyste pour se lancer dans un nouveau roman, mais elle peine à avancer. Une jeune actrice en détresse (Adèle Exarchopoulos), qui la supplie de la prendre comme patiente, va changer la donne. Margot lui raconte qu’elle est enceinte, qu’elle a une liaison avec un acteur marié (Gaspard Ulliel). Son histoire résonne fortement en Sibyl. Violant toute règle déontologique, elle se met à enregistrer sa patiente, à son insu, pour les besoins de son livre. C’est l’appel de la fiction qui guide alors le film. Tout se met à dérailler, à s’accélérer dans la vie et dans la tête de Sibyl, sous l’emprise de courants contraires. L’ambivalence est reine, jusqu’à ce prénom qui donne le titre, étrange, tout chamboulé, amputé du « e » final et où la place du « i » et du « y » semble inversée. Un prénom qui paraît en cacher un autre, reflet d’une identité double. Cette ambiguïté, on la retrouve chez les autres protagonistes, mais traités sur le mode caustique, comme la sœur par exemple, fausse gentille, vraie perverse (Laure Calamy formidable). Tout le monde a tendance à jouer double jeu dans cet univers de manipulation. Qui peut s’avérer très féroce lorsque Sibyl, décidément sans frein, part à Stromboli rejoindre Margot sur le tournage de son film. La réalisatrice dépeint alors de manière satirique ce qu’est le monde délirant du cinéma, sa fièvre en vase clos, son pouvoir de décupler le fiasco ou le bonheur. Foisonnant, Sibyl embrasse beaucoup de thèmes, brosse bon nombre de personnages, sans se disperser. Le passé et le présent, la réalité et son déni, le travail, la famille, la création, tout est lié, imbriqué, de manière intime. Justine Triet est aidée en cela par Virginie Efira, qui se met à nu, se livre encore plus que dans Victoria. Dans Sibyl, elle ne cesse de passer des épreuves du feu. Qu’elle écoute, dirige, chante, chute, analyse, jouisse ou titube, elle s’affirme toujours avec justesse. Mais c’est sans doute à travers la passion et ses répercussions qu’elle trouble le plus. Et le film avec, dont le motif central palpite de façon masquée, au moins jusqu’à la fin, emplie d’émotion.

2h 46min

À suivre, dès 10h29 : Paris (Rediffusion)

Ce soir sur Ciné+ Club :

20h50 Citoyen d'honneur

Rediffusion Film : comédie dramatique 1h32 Tout public

Samir Amin s'est épanoui dans le pays des Lumières. Il est devenu écrivain, obtenant même le Prix Nobel de littérature. Il n'a jamais souhaité remettre les pieds chez lui en Algérie. Jusqu'au jour où il reçoit une invitation de sa ville natale pour lui décerner le titre de "Citoyen d'honneur". Samir a toujours refusé de répondre positivement aux diverses sollicitations dont il a fait l'objet. Mais cet appel ne vient pas de n'importe quel endroit, c'est la terre de Sidi Mimoun qui l'a vu naître qui souhaite lui attribuer cette reconnaissance. Il accepte et part en direction de l'Algérie pour un voyage qu'il n'oubliera jamais... - Critique : Samir Amin, écrivain français si reconnu qu’il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, n’a jamais remis les pieds en Algérie, qu’il a quittée à l’adolescence. Quand son village natal l’invite pour en faire son citoyen d’honneur, le romancier accepte : pourquoi ne pas revenir aux sources, alors qu’il peine à trouver l’inspiration pour son prochain roman ? Mohamed Hamidi, réalisateur des très sympathiques La Vache et Jusqu’ici tout va bien, transpose en Algérie le film argentin El ciudadano ilustre, de Gaston Duprat et Mariano Cohn, en estompant le caractère snob et méprisant du personnage d’origine – comme s’il était impossible de faire incarner à Kad Merad un héros antipathique. Même sans le cynisme de l’orignal, cette version fait pourtant mouche, avec son mélange parfaitement dosé d’humour attendrissant et de réalisme social et politique. Comment, soudain, devenir la fierté nationale d’un pays qu’on a raconté de (trop ?) loin ? Le héros se trimballe d’obligations protocolaires fantaisistes en confrontations plus tendues et violentes que prévues, avec son pote Miloud, ancien petit voisin devenu un quinquagénaire plus que serviable - facétieux Fatsah Bouyahmed, auquel Kad Merad laisse la vedette avec le sourire. Et, grâce à la lumineuse Oulaya Amamra, révélation de Divines (2016), un éternel Printemps arabe s’incarne, qui dit le refus de l’exil pour résister sur place... Une comédie populaire d’un humanisme noble et solaire.

« Citoyen d'honneur » sur Ciné+ Club

22h22 Kasaba

Film : drame 1h21 Tout public

Dans les années 1970, dans un village isolé d'Anatolie, une famille au sein de laquelle cohabitent trois générations tente de subvenir à ses besoins. La vie est loin d'être simple, que ce soit pour les anciennes générations ou pour les nouvelles. Les anciens repensent aux bons moments qu'ils ont passés dans leur jeunesse tout en réfléchissant à un départ vers une ville plus grande, avec l'espoir d'y mener une vie plus facile. Quant aux deux plus jeunes, Alli et Hulya, ils grandissent dans la dure réalité de la bourgade et se frottent à la cruauté du monde des adultes...

« Kasaba » sur Ciné+ Club

Programme Ciné+ Club de la journée d'aujourd'hui

Mardi 27 Février 2024

De 10h29 à 15h15 Paris

Rediffusion Film : comédie dramatique 4h46 Tout public

Pierre, un jeune Parisien, est malade et se demande s'il est condamné. Tandis qu'il sombre dans la mélancolie, malgré le soutien de sa soeur Elise, son état lui donne un regard neuf et différent sur les personnes qu'il croise au quotidien. Peu à peu, le fait d'envisager sa propre fin met en valeur sa vie, la vie des autres et celle de la ville de Paris tout entière. Des maraîchers, une boulangère revêche, une assistante sociale, un danseur, un architecte, un SDF, un prof de fac amoureux, un mannequin et un clandestin camerounais croisent leurs destins et les mêlent à celui de Pierre... - Critique : | Genre : Paris tenu. Au centre d’un récit éclaté où se croisent les destins de Parisiens, il y a Romain Duris, acteur fétiche de Cédric Klapisch. En lui confiant le rôle d’un danseur malade du cœur, il le place au-dessus de la mêlée, quelque part entre le quotidien et la contemplation. A ses pieds, par-dessus les toits, Pierre regarde la ville comme pour la première fois… A la croisée du réalisme et de la rêverie, Klapisch ose tout, et notamment les clichés du Paname folklorique, qu’il déboulonne ensuite. Mais le meilleur est ailleurs : dans ce voisinage de la mort qui pousse les personnages à se sentir en vie. En parfaite symbiose, Romain Duris et Juliette Binoche forment un couple de frère et sœur touchant, que la maladie rapproche et décomplexe. En soumettant ces Parisiens ordinaires à l’épreuve de la disparition, Klapisch leur offre une vitalité nouvelle, une cure de jouvence inespérée. Inoxydable cinéaste de la jeunesse, il réaffirme haut et fort ce que Le Péril jeune avait si bien montré. Même vaincue, la jeunesse ne capitule jamais.

Sur Cine Plus Club dès 10h29 : Paris

De 15h15 à 16h36 A la chaleur des années froides

Rediffusion Documentaire cinéma 1h21 Tout public

A La Havane, dans les années 1960, il y avait plus de 140 salles de cinéma. Pilier de la révolution cubaine, le cinéma connait alors une décennie féconde, avant que la crise économique n'y mette un terme. A travers les souvenirs de ses pionniers, Adela Legra, Enrique Piñeda Barnet et Eduardo Manet ou encore Luciano Castillo, le directeur de la cinémathèque cubaine, ce documentaire raconte l'histoire du cinéma révolutionnaire cubain et fait la part belle aux réalisateurs d'aujourd'hui qui se battent pour faire exister leur cinéma.

Sur Cine Plus Club dès 15h15 : A la chaleur des années froides

De 16h36 à 18h31 Les liaisons dangereuses

Rediffusion Film : drame 1h55 Tout public

Au XVIIIe siècle, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, deux aristocrates autrefois amants, sont devenus amis, complices et confidents. Ils s'encouragent mutuellement dans le libertinage et en font un jeu pervers. C'est ainsi que la marquise de Merteuil défie Valmont de déniaiser la jeune et innocente Cécile de Volanges, qui doit épouser l'un de ses anciens amants, dont elle veut se venger. Valmont, lui, se propose plutôt de séduire la belle et vertueuse madame de Tourvel, qui séjourne chez sa tante. Le pacte est conclu, mais la marquise exige une preuve écrite du succès de Valmont. La marquise présente le jeune chevalier Danceny à Cécile puis, chez sa tante, où séjournent madame de Tourvel et Cécile, Valmont joue les intermédiaires. Grâce à ce subterfuge, il parvient à ses fins avec Cécile...

Sur Cine Plus Club dès 16h36 : Les liaisons dangereuses

De 18h31 à 20h50 Avec amour et acharnement

Rediffusion Film : drame 2h19 -10

A Paris, Sarah file le parfait amour avec Jean, un ancien joueur de rugby, depuis une dizaine d'années. Ayant une confiance aveugle l'un envers l'autre, leur relation n'a fait que se renforcer avec le temps. Un jour, Sarah retombe sur son ancien petit ami François, celui qu'elle a aimé fut un temps et qui lui a présenté son compagnon actuel. L'apparition de son ancien amour fait remonter des émotions à la surface. François ouvre une agence qui recrutera des joueurs de rugby et décide de demander à son vieil ami Jean de faire partie de sa structure. Ce couple soudé se retrouve face à une épreuve qui vient menacer leur équilibre... - Critique : Un couple. Ils s’aiment comme dans un rêve, sur fond de mer étale, de ciel bleu immuable. Comme s’il en avait toujours été ainsi. Mais déjà, la carte postale s’efface. Retour à la grande ville, en hiver. Retour à l’origine même de ce bonheur partagé, car elle n’a rien d’anodin. Sarah (Juliette Binoche) et Jean (Vincent Lindon) ont été présentés l’un à l’autre par un homme, François (Grégoire Colin), avec qui Sarah vivait… Ce scénario, tiré d’un roman de Christine Angot (Un tournant de la vie, 2018), nous plonge dans le mystère et la mécanique — les deux, vraiment — des amours qui doivent tout à un tiers, décisif, encombrant, impossible à oublier. Le matin où Sarah aperçoit, dans une rue parisienne, cet ex pas vu depuis longtemps, elle se trouble profondément, bien davantage qu’elle ne l’aurait cru. Puis son compagnon lui annonce qu’il envisage de retravailler pour le même ex, et une sorte de vertige s’installe. À croire que l’homme désiré, c’est inévitablement l’autre, l’absent. Et que tout, décidément, se joue et se rejoue à trois. À la frontière de l’anthropologie et du vaudeville, Claire Denis observe l’expérience tour à tour de haut (elle montre des humains piégés) et de très près, sur les visages et les corps en gros plan. Le film a ainsi reçu l’Ours d’argent de la meilleure réalisation au festival de Berlin. L’un des morceaux de bravoure tient à la mise en scène des retrouvailles entre Sarah et François, non loin de Jean, lors d’un événement professionnel nocturne. Le croisement des regards, le contact des peaux sont sans cesse différés. Le rapprochement à la fois redouté et attendu prend la résonance d’un bouleversement considérable qui, assurément, en annonce d’autres. En homme fatal, capable de faire peur, et d’entraîner vers la chute, Grégoire Colin, acteur sauvage et singulier, dont la révélation, jadis, dut beaucoup à la réalisatrice (dans Nénette et Boni, en 1996), n’a qu’à laisser opérer son magnétisme ambigu. Tandis que Juliette Binoche et Vincent Lindon excelleront, eux, dans la défiance et l’affrontement. Avec Christine Angot, Claire Denis avait déjà écrit, pour Binoche, Un beau soleil intérieur (2017), sur la recherche, toujours à recommencer, de la fusion amoureuse en ces temps de rencontres faciles. Les deux œuvres se répondent, reposent sur le même alliage savant d’ironie cruelle et d’empathie. Mais ce film-ci permet de mieux cerner ce qui sépare la cinéaste et l’écrivaine. Car l’adaptation s’achemine vers un autre horizon que le roman, une conclusion quasi contraire. Angot, réputée implacable, s’offrait une fin étonnamment apaisée. Claire Denis, fidèle à son désenchantement altier, suggère plutôt qu’en amour, on ne progresse pas, on n’apprend rien. Mais que l’on peut, parfois, s’alléger…

Sur Cine Plus Club dès 18h31 : Avec amour et acharnement

De 20h50 à 22h22 Citoyen d'honneur

Rediffusion Film : comédie dramatique 1h32 Tout public

Samir Amin s'est épanoui dans le pays des Lumières. Il est devenu écrivain, obtenant même le Prix Nobel de littérature. Il n'a jamais souhaité remettre les pieds chez lui en Algérie. Jusqu'au jour où il reçoit une invitation de sa ville natale pour lui décerner le titre de "Citoyen d'honneur". Samir a toujours refusé de répondre positivement aux diverses sollicitations dont il a fait l'objet. Mais cet appel ne vient pas de n'importe quel endroit, c'est la terre de Sidi Mimoun qui l'a vu naître qui souhaite lui attribuer cette reconnaissance. Il accepte et part en direction de l'Algérie pour un voyage qu'il n'oubliera jamais... - Critique : Samir Amin, écrivain français si reconnu qu’il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, n’a jamais remis les pieds en Algérie, qu’il a quittée à l’adolescence. Quand son village natal l’invite pour en faire son citoyen d’honneur, le romancier accepte : pourquoi ne pas revenir aux sources, alors qu’il peine à trouver l’inspiration pour son prochain roman ? Mohamed Hamidi, réalisateur des très sympathiques La Vache et Jusqu’ici tout va bien, transpose en Algérie le film argentin El ciudadano ilustre, de Gaston Duprat et Mariano Cohn, en estompant le caractère snob et méprisant du personnage d’origine – comme s’il était impossible de faire incarner à Kad Merad un héros antipathique. Même sans le cynisme de l’orignal, cette version fait pourtant mouche, avec son mélange parfaitement dosé d’humour attendrissant et de réalisme social et politique. Comment, soudain, devenir la fierté nationale d’un pays qu’on a raconté de (trop ?) loin ? Le héros se trimballe d’obligations protocolaires fantaisistes en confrontations plus tendues et violentes que prévues, avec son pote Miloud, ancien petit voisin devenu un quinquagénaire plus que serviable - facétieux Fatsah Bouyahmed, auquel Kad Merad laisse la vedette avec le sourire. Et, grâce à la lumineuse Oulaya Amamra, révélation de Divines (2016), un éternel Printemps arabe s’incarne, qui dit le refus de l’exil pour résister sur place... Une comédie populaire d’un humanisme noble et solaire.

Sur Cine Plus Club dès 20h50 : Citoyen d'honneur

De 22h22 à 23h43 Kasaba

Film : drame 1h21 Tout public

Dans les années 1970, dans un village isolé d'Anatolie, une famille au sein de laquelle cohabitent trois générations tente de subvenir à ses besoins. La vie est loin d'être simple, que ce soit pour les anciennes générations ou pour les nouvelles. Les anciens repensent aux bons moments qu'ils ont passés dans leur jeunesse tout en réfléchissant à un départ vers une ville plus grande, avec l'espoir d'y mener une vie plus facile. Quant aux deux plus jeunes, Alli et Hulya, ils grandissent dans la dure réalité de la bourgade et se frottent à la cruauté du monde des adultes...

Sur Cine Plus Club dès 22h22 : Kasaba

De 23h43 à 01h13 Pornomelancolia

Rediffusion Film : drame 1h30 -16

Discret employé dans une usine mexicaine, Lalo cache bien sa véritable identité, à mille lieues de l'homme timide connu de tous ses collègues. En effet, Lalo profite de son temps libre pour s'adonner à sa sulfureuse activité d'influenceur et se met à nu pour ses milliers de suiveurs sur les réseaux sociaux. Un jour, il se présente à un casting pour un film porno et décroche un rôle, celui d'un célèbre révolutionnaire tourné en dérision pour l'occasion. Lalo semble jouir de cette existence qu'il brûle par les deux bouts, joignant l'utile à l'agréable. Mais en réalité, le jeune homme dissimule d'inavouables secrets qui le rongent... - Critique : Sexy mais maussade et fauché, Lalo, la trentaine, expose son corps sur les réseaux sociaux. À Mexico, dès que ses boulots alimentaires en usine lui laissent un moment de répit, il se prend en photo, nu, et poste le résultat. C’est ainsi qu’il se retrouve engagé pour tenir le premier rôle d’un biopic gay, relecture fantasmatique de la vie du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata. L’occasion de multiplier le nombre de ses followers, mais après ? Comme son titre l’indique, ce film fascinant, réalisé par un Argentin aujourd’hui installé à Berlin, explore le blues d’une figure de la culture porno — Lalo Santos joue, en partie, son propre rôle. Il rejoint, en ce sens, les travaux récents (livre et série) de la Française Ovidie, ancienne actrice de films X, critiquant l’injonction au sexe et revendiquant, désormais, une abstinence durable. Car dans les deux cas, le même syndrome revient : triste formatage des pratiques (la pénétration comme passage obligé et subi sur les tournages), solitude et vide existentiel derrière les performances et la mise en scène des corps exultant. Pornomelancolía se situe toutefois au-delà, ou en deçà, de la dénonciation, n’imposant aucun message. Dans cet indémêlable mélange de documentaire et de fiction, la sensualité, bannie par le commerce au profit de l’efficacité, revient incidemment. L’humour aussi : le réalisateur du biopic porno cite Cet obscur objet du désir, de Luis Buñuel, en guise d’indication de jeu à ses interprètes. Et une forme de douceur insolite nimbe les échanges en aparté des hardeurs, dans le même esprit que les pauses déjeuner à l’usine. Les différents régimes d’images (écran de smartphone, film dans le film) fournissent les pièces disparates d’un portrait puzzle jamais complet. Devenu un « porno-influenceur » prospère, grâce aux nombreuses vidéos de ses rapports sexuels, Lalo demeure comme étranger à lui-même. Plutôt qu’une morale ou des certitudes, le film nous fait, élégamment, partager sa perplexité.

Sur Cine Plus Club dès 23h43 : Pornomelancolia