Canal+ Cinéma DROM : Programme TV de la chaîne Canal+ Cinéma DROM

En ce moment sur Canal+ Cinéma DROM :

04h35 The Fabelmans

Rediffusion Film : drame 2h26 Tout public
The Fabelmans

Un soir de janvier 1952, Mitzi et Burt Fabelman emmènent leur fils Sammy voir son premier film au cinéma : "Sous le plus grand chapiteau du monde". L'enfant tombe sous le charme du septième art et passe la majeure partie de son temps à filmer les activités familiales. Sa mère le pousse à développer ce côté artistique tandis que son père, un scientifique, n'y voit qu'un hobby. Au fil du temps, Sammy tourne des films de plus en plus perfectionnés en utilisant les membres de sa famille comme acteurs. Jusqu'au jour où il découvre, à travers l'une de ses oeuvres, une facette de sa mère qui va bouleverser leurs rapports… - Critique : Chez les Spielberg, à la fin de chaque repas, on ne débarrassait pas la table au sens habituel de l’expression. Couverts, gobelets, assiettes en plastique, tout était jetable et finissait empaqueté dans la nappe, elle-même en papier, avant d’être jeté… La folie de ce rituel quotidien, pendant de longues années, dit certainement l’aisance matérielle et, plus encore, l’insouciance d’une époque (les années 1950-1960), où les ressources naturelles semblaient inépuisables à jamais. Dans l’enceinte du foyer, l’explication était tout autre : il s’agissait d’épargner les mains de la mère pianiste, et donc de la dispenser définitivement de la corvée de vaisselle. Mais au fur et à mesure que le film avance, cette bizarrerie familiale paraît bien mince au regard d’une autre, tellement plus troublante… Quand le cinéaste d’E.T. raconte sa jeunesse à l’écran, après nombre de ses confrères (comme James Gray ou Paul Thomas Anderson), ce n’est pas un film de plus, mais un exploit. Pas seulement un roman familial bouleversant — où les Spielberg s’appellent donc Fabelman —, mais une réflexion lumineuse sur le cinéma, et le récit d’un cheminement personnel qui sidère. Et encore une grille d’analyse limpide de toute la filmographie de l’auteur, dont la cohérence, les thèmes majeurs et même l’alternance de genres apparaissent éclairés comme jamais. L’inventeur du blockbuster qui fait peur (Les Dents de la mer, 1975) remonte ainsi à cette séance de cinéma où, enfant, entouré de ses deux parents attendris, il assiste à son premier accident — un train qui déraille dans la superproduction Sous le plus grand chapiteau du monde, de Cecil B. DeMille (1952). Le mélange d’effroi et d’extase, au milieu du confort affectif, provoque en lui un déclic. Mais aussi un vif tourment. Et le train électrique qu’on lui offre innocemment, dans la foulée, n’est pas un remède un soi. « J’ai besoin de voir un accident », dit le garçonnet. Avec la complicité de sa mère, et la caméra de son père, il apprend à filmer, sous plusieurs angles, une collision sur son circuit ferroviaire miniature. C’est ainsi qu’il expérimente, sans mots, les bienfaits de la catharsis à l’antique devant la représentation du pire. Mais aussi le bénéfice supérieur qu’il y a à prendre le contrôle d’une telle représentation… L’apprivoisement à tâtons, à l’aveuglette pour ainsi dire, d’une vocation : ce thème porte The Fabelmans à des hauteurs exceptionnelles, d’émotion comme d’analyse. Alors que Sammy (le Steven de la fiction), une fois adolescent, maîtrise de mieux en mieux la caméra et parvient à imiter, dans ses premiers courts métrages, les scènes de western ou de guerre vues en salles, il devient aussi le documentariste de la maisonnée. Et voilà qu’en visionnant un de ses films sur les vacances des Fabelman, Sammy découvre, effondré, ce qu’il n’avait pas vu de ses propres yeux : le secret de sa mère adorée et fantasque, une réalité inconnue qui menace l’équilibre familial. Un gouffre s’ouvre alors dans l’esprit du fils. Les images peuvent révéler ce qui est caché, elles peuvent blesser, détruire, et il est possible de les escamoter, ou non, par le montage. Les questions de regard, de morale, de libre arbitre, de sensibilité renvoient soudain les qualités techniques d’un film à une place subalterne. Ce manifeste informulé, s’imposant à celui qui, adulte, sera souvent associé au seul grand spectacle, à la technologie et aux effets spéciaux, s’incarne magnifiquement dans The Fabelmans. La délicatesse inouïe avec laquelle sont filmés Michelle Williams (la mère musicienne contrariée, entre exubérance et mal-être), Paul Dano (le père scientifique, doux et aimant) et Seth Rogen (le collègue blagueur du père, omniprésent dans la vie de familiale) subjugue. Tout comme les nuances de la narration, rythmée par les déménagements successifs, d’est en ouest (New Jersey, Arizona, Californie), la carrière ascensionnelle du père, génie de l’informatique, entraînant un cortège de brisures pour ses trois enfants, et plus encore pour son épouse. En Californie, le jeune Sammy, parachuté au pays des « hommes-séquoias géants » (il se découvre petit de taille, à côté de ses nouveaux condisciples), doit faire face aux brimades antisémites. Cette fois, filmer devient une stratégie de survie sociale, puis la source d’un pouvoir considérable, proche de la manipulation : les séquences que l’adolescent agence après une journée du lycée à la plage peuvent transformer un redoutable ennemi en demi-dieu, en star, ou au contraire en bouffon. Là encore, The Fabelmans éblouit par son alliage d’humour et de complexité, et par la poursuite méticuleuse de son récit d’apprentissage. Il en va de même quand Sammy, au seuil de sa vie professionnelle, a la chance de rencontrer, quelques minutes, à son bureau, le mythique réalisateur John Ford. Car Steven Spielberg fait jouer le vétéran hollywoodien par David Lynch (il fallait y penser), parfaitement accordé à l’extravagant conseil technique que le vieil homme hurle au débutant… Jusqu’au bout demeure cependant, en filigrane, l’image la plus belle et la plus émouvante, la plus déterminante aussi : cette mère qui danse une nuit d’été, impudique et magique, dans le halo des phares de la voiture familiale, en pleine nature. Moment d’épiphanie et de transgression, point de non-retour, message subliminal adressé au fils filmeur, comme pour l’encourager à vivre pleinement, coûte que coûte, sa vie d’homme et d’artiste. Tony Kushner, le confidentIl n’y avait, a priori, rien de commun entre Angels in America (1991), la pièce de Tony Kushner sur les années sida (devenue une série pour HBO en 2003), et la filmographie de Steven Spielberg. Alors qu’il préparait Munich (2005), le second fit appel au premier pourson expertise sur le conflit israélo-palestinien. Une collaboration au long cours débuta ainsi, Tony Kushner cosignant trois scénarios pour Spielberg, dont celuide Lincoln (2012). De leurs échanges, et de la curiosité du dramaturge pour le cinéaste, naquit l’idée des Fabelmans : Kushner incita Spielberg à raconter dans un film l’histoire de sa famille. Près de vingt ans après leur première rencontre, le résultat, entièrement nourri des souvenirs et confidences du réalisateur, bénéficie indéniablement de la profondeur romanesque apportée par l’ami scénariste.

30min

À suivre, dès 07h01 : Stars at Noon (Rediffusion)

Ce soir sur Canal+ Cinéma DROM :

21h26 L'Etabli

Rediffusion Film : drame 1h53 -10

Après ses études à l'Ecole normale supérieure, Robert se fait embaucher chez Citroën. Plusieurs mois se sont écoulés depuis les manifestations de mai 68, mais la colère est toujours présente chez ce militant d'extrême-gauche. Il souhaite raviver le feu révolutionnaire parmi les ouvriers. Si au départ ses collègues ne veulent plus entendre parler de politique, un événement fait basculer leurs regards sur la situation. Leur employeur exige qu'ils travaillent trois heures hebdomadaires supplémentaires à titre gracieux. Robert sent le vent tourner et veut désormais convaincre ses collègues de l'utilité d'un mouvement social... - Critique : Il a troqué ses habits de prof de philosophie pour le bleu de travail et il est devenu ouvrier chez Citroën… L’expérience dans laquelle se lança Robert Linhart quelques mois après Mai 68, et qu’il raconta dans le livre L’Établi, paru en 1978, fait naître aujourd’hui un beau personnage de cinéma, rendu très attachant par l’interprétation de Swann Arlaud. Cet intellectuel qui, à l’usine, se blesse d’emblée en commençant à travailler sur la chaîne de montage des 2 CV, apporte avec lui une fragilité, une complexité. Presque un mystère. Même si la détermination de son engagement politique est totale, le Robert Linhart mis en scène dans L’Établi reste un solitaire tourmenté qui, paradoxalement, veut galvaniser la masse ouvrière, impulser un mouvement de protestation collective. Quitte à se lancer dans un jeu trouble. En cachant qui il est, en déguisant ses intentions, ne manipule-t-il pas ces travailleurs qu’il prétend aider à se défendre ? Parmi eux, circule d’ailleurs un traître… Les doutes et les interrogations sont les atouts de ce film que le réalisateur Mathias Gokalp réussit à mener avec une admiration palpable pour Linhart (aujourd’hui âgé de 78 ans), mais aussi un juste recul. À travers de nombreux personnages secondaires, tous formidablement campés, des voix contradictoires s’élèvent, un passionnant tableau d’époque se dessine. Un prêtre-ouvrier de la CGT (Olivier Gourmet), plus tacticien que le radical Linhart, un patron intelligent et rusé (Denis Podalydès), un travailleur immigré (Malek Lamraoui) qui s’accroche à son poste et dit : « La politique, c’est que des problèmes. » Les différents points de vue racontent, au-delà de l’après-68, la France des luttes de classes. Le film se fait même parfois trop pédagogique et perd là un peu de vitalité. Mais cet effort de lisibilité a l’excuse d’ouvrir le passé ici reconstitué aux jeunes d’aujourd’hui, comme s’ils se confondaient avec ceux auxquels Linhart transmet, dans une scène marquante, ce message d’espoir : « Je trouve légitime de rêver un monde meilleur. Et peut-être aussi de le faire. »

« L'Etabli » sur Canal+ Cinéma DROM

23h19 Quand tu seras grand

Rediffusion Film : comédie dramatique 1h37 -10

Aide-soignant en chef dans une maison de retraite d'une petite ville de province, Yannick partage sa bonne humeur et sa joie de vivre avec les résidents. Malgré une pression constante et des effectifs de plus en plus réduits, il parvient toujours à trouver le mot juste. Jusqu'au jour où ses collègues et lui sont informés que les élèves d'une école voisine et Aude, leur animatrice, vont désormais partager le réfectoire avec les retraités. Pour Yannick, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dans un premier temps, le vacarme et la pagaille générés par les enfants le confortent dans son opposition à cette cohabitation intergénérationnelle. Cependant, les choses évoluent avec le temps...

« Quand tu seras grand » sur Canal+ Cinéma DROM

Programme Canal+ Cinéma DROM de la journée d'aujourd'hui

Lundi 04 Mars 2024

De 07h01 à 09h14 Stars at Noon

Rediffusion Film : drame 2h13 -10

En 1984, Trish, une jeune journaliste américaine en détresse reste bloquée sans passeport au Nicaragua, en pleine période électorale, et alors que le pays vit depuis cinq ans sous embargo américain. C'est alors qu'elle rencontre, dans le bar de son hôtel, un voyageur anglais du nom de Daniel, auquel elle ne reste pas indifférente. A ses yeux, Daniel est l'homme de la situation pour l'aider à fuir le pays. Peu à peu, elle comprend que ce personnage énigmatique pourrait bien courir un plus grand danger qu'elle. - Critique : :u3: POUR Drôle de carambolage spatio-temporel. L’action se situe officiellement de nos jours, au Nicaragua. L’héroïne ressemble, physiquement, à la jeune Adjani hâlée et court-vêtue de L’Été meurtrier (1983) — en fait, elle est jouée par Margaret Qualley, la fille d’Andie MacDowell, autre icône des années 1980. Et l’on se croirait dans l’un de ces thrillers d’aventures exotiques comme Hollywood en confectionnait, il y a quatre décennies — L’Année de tous les dangers (1982), Salvador (1986)… Une Américaine, un peu journaliste mais pas trop, se donne des frissons au Nicaragua, donc. Privée de passeport et de dollars après quelques imprudences, elle perd pied et s’attache à un mystérieux Anglais (Joe Alwyn), homme d’affaires fatal, amant trouble, et peut-être bien plus, ou bien pire. Claire Denis, cinéaste à la fois formaliste et charnelle, prend des risques et se fait plaisir, néglige la narration au profit de l’atmosphère. La dimension conceptuelle de Stars at Noon consiste à placer une jeune femme au centre d’un genre de fiction que ces messieurs dominaient, traditionnellement. Même paumée, terrorisée ou ivre morte, c’est la fille qui donne le rythme et que les autres suivent. De loin la plus loquace des personnages, souvent patibulaires, elle donne aussi le sens — du moins essaie-t-elle — aux nébuleuses péripéties de l’intrigue politico-criminelle. L’autre apport spécial de la réalisatrice est la qualité et l’importance des scènes intimes. Grande filmeuse de corps, Claire Denis sait capter les mutations du désir entre ses deux protagonistes. Elle parvient à faire de la naissance des sentiments un événement, dans la touffeur des chambres de motel que partagent les amants, au fil de leur cavale. Mieux que la plupart de ses pairs, elle place l’exaltation amoureuse au premier plan, et sans doute y a-t-il quelque chose de volontairement rétro dans ce dessein… Stars at Noon est un bel exercice de style, empreint d’une grande fidélité : aux indémodables Tindersticks, pour la musique originale, comme aux images qui ont fait vibrer la cinéaste et qu’elle ravive en se les appropriant passionnément. — LG :u1: CONTRE Certes, Claire Denis sait toujours aussi bien filmer les corps désirants et créer à l’écran des ambiances moites à décoller le papier peint des murs. Mais un scénario, ça peut servir aussi, a fortiori quand on se pique de vouloir « déconstruire » les films d’aventures et d’espionnage. Or celui de Stars at Noon tient en une page, avec des dialogues ridicules (« Ta peau est si blanche, c’est comme si j’avais été baisée par un nuage », entre autres perles) et des personnages ectoplasmiques dont le comportement défie toute logique. Résultat : l’histoire d’amour torride sous les tropiques vire rapidement à la langueur, puis à l’ennui… — SD

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 07h01 : Stars at Noon

De 09h14 à 10h00 Le cercle

Rediffusion Magazine du cinéma 46mn -10

"Le Cercle" est un magazine de débats et de critiques cinéphiles animé par un journaliste en compagnie de chroniqueurs et en présence d'un public d'étudiants en cinéma.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 09h14 : Le cercle

De 10h00 à 11h34 Sick of Myself

Film : comédie dramatique 1h34 -12

Face à l'attention croissante dont fait l'objet Thomas, son petit ami artiste, Signe ressent de la jalousie et cherche à détourner un peu de cette attention vers elle. La popularité de Thomas atteint son apogée lorsqu'il se voit offrir d'exposer ses sculptures. Anéantie, Signe décide de susciter la sympathie de son entourage par un moyen radical. Après être tombé sur un article mentionnant un médicament russe retiré de la vente parce qu'il provoque des maladies de peau, elle décide de s'en procurer. Mais elle est prise à son propre jeu lorsqu'elle ressent les effets néfastes du médicament... - Critique : Elle se prénomme Signe, et rêve d’imposer sa signature. Serveuse dans un café, elle cherche à exister par n’importe quel moyen, à briller, à se construire un récit, alors que son petit ami, Thomas, lui, pérore sur sa prochaine (petite) exposition d’art contemporain. Un jour, une occasion se présente : une cliente du café, salement mordue par un chien, saigne dans les bras et sur la blouse de Signe, qui s’empare immédiatement de ce statut de « sauveuse ». Elle a trouvé un rôle, alors elle raconte, encore et encore, cet épisode « traumatisant » jusqu’à ce que Thomas reprenne la vedette. Alors, la jeune femme fait semblant de s’étouffer dans le dîner branché donné en l’honneur de son compagnon, qui n’a même pas pris la peine de la présenter. Être malade, bon sang mais c’est bien sûr, voilà ce qui, faute de talent particulier, peut attirer l’attention et l’empathie d’un public. Signe décide de se faire du mal. Ou comment se défigurer pour se rendre visible… Cette pépite norvégienne sort, enfin, sur les écrans, un an après sa présentation à Un certain regard, au Festival de Cannes 20022. Sick of Myself – formidable titre, à traduire par « malade de moi-même », comme un empoisonnement égotique – est un film violemment contemporain sur une société malade de narcissisme. Sorte de petit frère de Ruben Östlund, mais à la cruauté moins opératique et plus chirurgicale, Kristoffer Borgli débute ce jeu de massacre par une scène de restaurant qui n’est pas sans rappeler celle de Sans filtre : un combat d’ego autour d’une bouteille de vin hors de prix et d’un gâteau commandés par Thomas pour l’anniversaire de Signe, qui ne cesse de répéter, comme un souhait, « tout le monde me regarde », alors que le maître d’hôtel ne remarque même pas quand elle quitte la table… Phrases assassines, humiliations à bas bruit et à répétition, puisque, pour émerger, il faut enfoncer l’autre : de Bergman à Thomas Vinterberg, l’école scandinave a décidément l’art de faire du couple un précipité de toutes les bassesses. Mais c’est surtout le personnage de Signe qui s’impose comme une figure féminine neuve, assumée comme antipathique, une âme vide, victime de sa mythomanie, cherchant jusqu’au sang des pouces levés et des likes comme dans la pire des dystopies. Sous les traits de plus en plus desquamés de cette blonde inédite à l’écran, Kristine Kujath Thorp est éblouissante de folie fade, et son jeu devient fascinant alors même que son visage disparaît entièrement sous des bandages tel celui d’une momie, poupée horrifique avec lunettes de soleil roses, très lointaine cousine de l’héroïne des Yeux sans visage de Franju. Plus son visage fond, plus le film prend des allures d’installation pop, ultra-acide : Kristoffer Borgli capte la maladie du nouveau siècle, cette obsession de soi qui dissout les êtres.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 10h00 : Sick of Myself

De 11h34 à 13h27 Un petit frère

Film : drame 1h53 Tout public

Dans les années 1980, Rose quitte la Côte d'Ivoire pour la banlieue parisienne avec deux de ses fils, Jean et Ernest. Elle accepte un travail de femme de chambre dans un hôtel afin de subvenir à leurs besoins. Au fil des années, Rose jongle tant bien que mal entre l'éducation de ses deux bambins et son travail. Mais elle refuse de traverser son existence en étant considérée uniquement comme une mère et comme une immigrée. Rose a envie de connaître l'amour, faire des rencontres et s'émanciper du regard de ses parents. Mais sa quête de bonheur personnel va avoir des conséquences sur ses enfants… - Critique : À peine deux heures pour une fresque : après Jeune Femme, son enthousiasmant premier long métrage (Caméra d’or à Cannes en 2017) sur une trentenaire hors des sentiers battus, la réalisatrice Léonor Serraille impressionne en racontant la vie, sur plus de vingt ans, d’une Ivoirienne et de ses deux fils, venus s’installer en France en 1989. Avec autant d’ambition que de sens du détail, elle rend profondément romanesque cette odyssée du quotidien en trois volets, qui portent les prénoms de chacun : Rose, puis Jean, et enfin Ernest, le petit frère du titre. Rose, d’abord, superbement interprétée par Annabelle Lengronne, révélation à la présence magnétique, à la noblesse vacillante. Arrivée d’Afrique avec un passé qu’on devine douloureux en deux répliques, cette jeune mère célibataire est logée, en attendant mieux, par des membres de sa famille installés de longue date dans la banlieue parisienne, et travaille comme femme de ménage d’un hôtel où elle brique, mais fait souvent des pauses pour fumer, pour rêver. Rose n’a peur de rien. Ni de travailler dur, ni de sortir danser, ni d’élever ses fils qu’elle adore mais auxquels elle ne passe rien : il faut qu’ils réussissent, qu’ils soient des élèves exemplaires, même si l’aîné râle quand elle l’habille trop élégamment pour aller à un concours de maths. Rose est une femme libre, ou qui tente de l’être dans une vie précaire et un contexte social où il serait plus simple d’avoir un homme à ses côtés. Sa communauté lui conseille de se caser avec Jules César (Jean-Christophe Folly, parfait). C’est, au contraire, avec un ouvrier tunisien rencontré sur les toits de Paris, qu’elle croit l’amour possible, un temps. Avant d’accepter de s’installer à Rouen, délaissant ses fils adorés pour un Français qui lui promet la lune… Les fils, eux, grandissent, au fil du film, pendant que les rides tracent sur le visage de Rose les sillons d’une certaine désillusion. Mais pas une once de misérabilisme dans le regard précis et poétique de Léonor Serraille. Pas de tragédie ou de sociologie faciles : la vie est un doux drame en soi, quand on est une femme qui n’accepte aucun diktat, mais qui se trompe aussi. Ou quand on est un jeune homme qui en veut à sa mère pour cela, et retourne à la case départ comme pour la punir… Le petit frère, lui, fera son miel plus ou moins amer, de tout cela, en baissant la tête devant les policiers — la séquence de contrôle d’identité, humiliante, est seul moment ouvertement politique du film, et frappe d’autant plus, avec un Ahmed Sylla, loin de son emploi comique, d’une grande intensité. ll y a quelque chose de mystérieux, et de fascinant, dans la modestie de cette chronique au long cours, qui évite les clichés sur l’immigration et l’intégration, et où chaque détail touche juste, comme cette boîte de chocolats offerte par la mairie de Paris avec un mot que Rose pense écrit de la main même de Jacques Chirac… Ou ce principe transmis par Rose à ses fils : il faut se cacher pour pleurer. « On pleure dans sa tête ? » mime, avec un geste délicieux, le petit Ernest lors d’un déjeuner dans un fast-food. C’est ça, on pleure à l’intérieur. Un grand film sur la beauté de la fierté.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 11h34 : Un petit frère

De 13h27 à 15h04 Falcon Lake

Rediffusion Film : drame 1h37 -10

Pendant l'été, Bastien se rend avec sa famille au Québec chez une amie de sa mère avec laquelle ils louent un chalet en bordure de lac. Le garçon de 13 ans y fait la connaissance de Chloé, la fille de leur hôte, qui a trois ans de plus que lui. Les deux adolescents partagent la même chambre, du temps mais également leurs peurs, qu'elles soient des fantômes ou de l'eau. Chloé raconte à Bastien une légende selon laquelle un jeune garçon se serait noyé dans le lac près de chez eux et qu'il hanterait les lieux. Craignant l'eau, Bastien n'ose pas se baigner mais, pour impressionner la jeune fille, il affronte ses démons et se jette dans le lac... - Critique : Est-ce dû à la torpeur de l’été ? À l’aspect sombre et marécageux du lac ? À la maison encombrée qui tient de la grande cabane perdue dans la forêt ? Il règne d’emblée une atmosphère envoûtante et dépaysante. On est dans un coin perdu du Québec, avec une famille de Français qui débarque là pour les vacances, rejoignant une amie et sa fille. Les parents sont vite mis de côté dans le récit, laissant toute la place à Bastien, 14 ans, qui entre dans l’adolescence, et Chloé, un peu plus âgée, sur le point de la quitter. Passé le round d’observation, ces deux-là se mettent à échanger, se racontent des histoires qui font peur, apprennent à se connaître et à s’apprécier. Un récit d’initiation sentimentale et sexuelle ? Oui, mais à la lisière du film d’horreur… Jusque-là surtout connue comme animatrice puis actrice, Charlotte Le Bon réussit son baptême du feu en passant derrière la caméra. Falcon Lake parvient à mixer avec sensibilité peur et poésie, en ajoutant des notes d’humour bienvenues. Soit un dosage subtil qui décrit bien la valse-hésitation de la fille et du garçon, entre attrait et rejet, et les effets de la présence dans le coin d’une bande de garçons plus mûrs. Il y a à la fois du jeu, de l’étrangeté et du danger dans ces rites de passage, liés à la découverte du plaisir charnel, à la perte de la virginité. Sur la masturbation, le goût et le dégoût du sexe, l’ivresse et le fiasco, le film réserve des scènes touchantes. Il est aussi, plusieurs fois, question de fantômes. Que la réalisatrice rattache finement au souvenir. On devine, à l’image dorée et irisée, que l’action n’est pas racontée au présent. Même si la fin reste ouverte, elle illustre cette idée forte qu’en se tournant vers le passé, chacun de nous se voit immanquablement comme un défunt.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 13h27 : Falcon Lake

De 15h04 à 16h39 Arrête avec tes mensonges

Rediffusion Film : drame 1h35 -10

Ecrivain au sommet de sa gloire, Stéphane Belcourt est désigné par un célèbre producteur de cognac pour parrainer les festivités liées à l'anniversaire de la marque. Pour l'occasion, le romancier retourne pour la première fois dans la ville où il a grandi, plus de trois décennies après l'avoir quittée. Par hasard, il y fait la connaissance d'un jeune homme, Lucas Andrieux, dont le nom de famille ne lui est pas inconnu. En effet, Stéphane pense immédiatement à Thomas, son amour de jeunesse qu'il a depuis longtemps perdu de vue. Il comprend vite que Lucas a été abandonné sans un mot par Thomas comme il le fut lui-même des années plus tôt...

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 15h04 : Arrête avec tes mensonges

De 16h39 à 20h32 Fin des programmes

Fin 3h53 Tout public

Nos programmes se terminent pour cette journée, en attendant ceux de demain.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 16h39 : Fin des programmes

De 20h32 à 21h26 + de courts

Rediffusion Magazine du cinéma 54mn Tout public

Magazine bimensuel consacré au cinéma court, les deuxième et quatrième dimanches de chaque mois. Une émission de 52 minutes qui aime le court métrage et qui en veut toujours plus. "+ de courts" accompagne par la parole la diffusion de 2 à 3 courts-métrages qui font l'actualité. Chaque émission propose des recommandations éclectiques aux spectateurs.

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 20h32 : + de courts

De 21h26 à 23h19 L'Etabli

Rediffusion Film : drame 1h53 -10

Après ses études à l'Ecole normale supérieure, Robert se fait embaucher chez Citroën. Plusieurs mois se sont écoulés depuis les manifestations de mai 68, mais la colère est toujours présente chez ce militant d'extrême-gauche. Il souhaite raviver le feu révolutionnaire parmi les ouvriers. Si au départ ses collègues ne veulent plus entendre parler de politique, un événement fait basculer leurs regards sur la situation. Leur employeur exige qu'ils travaillent trois heures hebdomadaires supplémentaires à titre gracieux. Robert sent le vent tourner et veut désormais convaincre ses collègues de l'utilité d'un mouvement social... - Critique : Il a troqué ses habits de prof de philosophie pour le bleu de travail et il est devenu ouvrier chez Citroën… L’expérience dans laquelle se lança Robert Linhart quelques mois après Mai 68, et qu’il raconta dans le livre L’Établi, paru en 1978, fait naître aujourd’hui un beau personnage de cinéma, rendu très attachant par l’interprétation de Swann Arlaud. Cet intellectuel qui, à l’usine, se blesse d’emblée en commençant à travailler sur la chaîne de montage des 2 CV, apporte avec lui une fragilité, une complexité. Presque un mystère. Même si la détermination de son engagement politique est totale, le Robert Linhart mis en scène dans L’Établi reste un solitaire tourmenté qui, paradoxalement, veut galvaniser la masse ouvrière, impulser un mouvement de protestation collective. Quitte à se lancer dans un jeu trouble. En cachant qui il est, en déguisant ses intentions, ne manipule-t-il pas ces travailleurs qu’il prétend aider à se défendre ? Parmi eux, circule d’ailleurs un traître… Les doutes et les interrogations sont les atouts de ce film que le réalisateur Mathias Gokalp réussit à mener avec une admiration palpable pour Linhart (aujourd’hui âgé de 78 ans), mais aussi un juste recul. À travers de nombreux personnages secondaires, tous formidablement campés, des voix contradictoires s’élèvent, un passionnant tableau d’époque se dessine. Un prêtre-ouvrier de la CGT (Olivier Gourmet), plus tacticien que le radical Linhart, un patron intelligent et rusé (Denis Podalydès), un travailleur immigré (Malek Lamraoui) qui s’accroche à son poste et dit : « La politique, c’est que des problèmes. » Les différents points de vue racontent, au-delà de l’après-68, la France des luttes de classes. Le film se fait même parfois trop pédagogique et perd là un peu de vitalité. Mais cet effort de lisibilité a l’excuse d’ouvrir le passé ici reconstitué aux jeunes d’aujourd’hui, comme s’ils se confondaient avec ceux auxquels Linhart transmet, dans une scène marquante, ce message d’espoir : « Je trouve légitime de rêver un monde meilleur. Et peut-être aussi de le faire. »

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 21h26 : L'Etabli

De 23h19 à 00h56 Quand tu seras grand

Rediffusion Film : comédie dramatique 1h37 -10

Aide-soignant en chef dans une maison de retraite d'une petite ville de province, Yannick partage sa bonne humeur et sa joie de vivre avec les résidents. Malgré une pression constante et des effectifs de plus en plus réduits, il parvient toujours à trouver le mot juste. Jusqu'au jour où ses collègues et lui sont informés que les élèves d'une école voisine et Aude, leur animatrice, vont désormais partager le réfectoire avec les retraités. Pour Yannick, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dans un premier temps, le vacarme et la pagaille générés par les enfants le confortent dans son opposition à cette cohabitation intergénérationnelle. Cependant, les choses évoluent avec le temps...

Sur Canal Plus Cinema DROM dès 23h19 : Quand tu seras grand